18 mai 2003, No 678

Rendez-vous avec Menwar


Succès pour ‘Imagine Communication - Mauritius Gymkhana Club Strokeplay Championship’

‘Imagine Communication - Mauritius Gymkhana Club Strokeplay Championship’ a remporté, cette année encore, unvif succès tant au niveau de l’organisation qu’au celui de la qualité et de l’engagement des joueurs.

Marguerite Kan Wah et Alan Jones, les gagnants en First Net

Chrostophe Curé recevant un prix offert par British Airways des mains de Laurie Napaul

Alan Jones recevant son prix de Prem Sham, représentant de l’hôtel Oberoi

Prabha Saddul recevant un prix de Jean-Marie Richard

Ramesh Kalachand remettant un prix à Damoo Shah

Jean-Marie Richard, directeur de Imagine Communication, en compagnie de Reshad Purdassy, le gagnant du
 ‘First Men Cross’, et Toiria Prayag, ‘Incoming President’ du M.G.C.

L’écho de la ravanne


Avec Sarah, sa fille


Acte de naissance : Stéphano Honoré, 48 ans. Nom de scène, Menwar, l’inventeur du sagaï, le magicien de la ravanne, qui de ‘Pop ‘Economie’ à ‘l’Eko rivyer nwar’ a fait du chemin pour peut-être faire découvrir son sagaï au-delà de nos frontières.

Il ne veut, lui aussi, être de la partie, ajouter sa salve aux chapelets de critiques qui pleuvent actuellement sur l’organisation du festival tournant de l’Océan Indien. Menwar mesure ses paroles, équilibre ses critiques (normal quand on est né sous le signe de la Balance), reconnaît que quelques-uns se sont trompés, donnant à ce festival une allure de ‘Gamme d’Or’, affirme que ce n’est quand même pas normal que certains artistes se soient produits pendant 6 minutes, mais conclut qu’il ne faut pas voir uniquement le côté négatif. Car, prévient-il, “cela pourrait devenir une déception, pire, une désolation”.

Du festival, Menwar préfère garder l’esprit d’échange, les riches rencontres avec des artistes de la région, surtout ceux qu’il ne connaissait pas, le partage des émotions et cette image du premier soir du festival quand son ‘sanza’ s’accordait sans fausse note avec l’accordéon diatonique de Marlin Augustin, la guitare de Patrick Victor, la maravane de Thierry Gauliris (Baster), dans un entremêlement de voix, dont celle de Jaojoby résonne encore dans les oreilles de Menwar qui parle d’une belle “fusion.” De ce premier festival, Menwar évoque aussi les retombées. Il cite en passant l’éventualité de figurer sur un CD de Virgin mais ne veut pas en dire plus, car ajoute-t-il, “rien n’a encore été fixé. On s’est juste retrouvé au studio avec quelques artistes qui étaient là pour le festival”, lâche-t-il. Son ‘manager’, le volubile Percy Yip Tong, parle, lui, d’accord verbal pour une éventuelle participation de Menwar au Festival d’Angoulême de l’année prochaine. Mais comme d’habitude, Menwar et son manager devront se battre pour être sponsorisés. “Si nous avons les billets d’avion, on y va. Nous espérons que le ministère sera sensible face à cette manifestation”, nous dit Percy Yip Tong qui estime que Menwar, “le sorcier des percussions”, est musicalement prêt pour affronter n’importe quelle scène internationale. “Même si à Maurice, ce n’est que maintenant que Menwar commence à être connu, il faut se dire qu’il y a eu des années de travail avant qu’il n’arrive à faire ce qu’il fait aujourd’hui : sortir la ravanne du battement du séga, et lui donner un son, un mouvement inégalable”, explique Percy Yip Tong.

Vibration
Sons, mouvements, battements, paroles : À chaque concert de Menwar, la vibration est là, palpable dans la salle. Comment oublier la série de ses concerts de l’an dernier qui débutaient à chaque fois par la démonstration d’un matelassier, “un artiste qui arrive à faire des sons avec son sagaï”, explique Menwar qui a emprunté ce sagaï (“qui vient aussi de sagaie, la lance”) pour baptiser sa musique si particulière, résultant souvent d’instruments qu’il a lui-même inventés. Si d’aucuns estiment que Menwar fait dans la chanson engagée, n’entrant pas dans le système commercial, Menwar, lui, est le premier à dire le contraire. “Ce serait hypocrite de ma part de prétendre que je ne fais pas des chansons commerciales quand mes CDs sont vendus comme n’importe quel CD”, avoue Menwar, dreadlocks en cascade, le regard doux, le visage sérieux, tenue d’artiste, pantalon imprimé et T-shirt assorti, confortablement assis à l’ombre d’un badamier, dans sa cour de Pointe-aux-Sables, avec vue sur mer, pendant que sa compagne, Florence, styliste, s’affaire à étendre du linge à sécher. Menwar, dit-elle, “n’est pas difficile à vivre”. Pas difficile pour Florence, mais pas facile pour ceux qui le côtoient. Percy Yip Tong : “Je préfère être son ami plutôt que son manager. Il n’est pas facile, c’est quelqu’un d’incontrôlable”, dit Percy Yip Tong. Marcel Poinen, qui a, lui aussi, côtoyé Menwar : “Il ne se laisse pas faire”.

Ceux qui le rencontrent pour la première fois le diront : ce n’est pas un mec qui sourit facilement. Avec nous, il s’exprime lentement, doucement, converse avec une économie de paroles, ne s’étend jamais sur certaines questions, a la hantise des mots justes. De ‘Pop L’Economie’, son premier 45 tours en 1979 où il arbore le look afro, et se fait appeler ‘lélou’ à l’éko Rivyer Nwar’, Menwar, même si on ne l’a pas entendu pendant des années, n’a jamais quitté le milieu musical. Quelque temps à la Réunion avant de s’installer ensuite à Marseille, Menwar persévérait dans sa voie musicale, faisait de la recherche, pour ne pas “demeurer dans l’ignorance”, comme il le dit lui-même. En 1993, Menwar revient à Maurice, continue des va-et-vient à La Réunion, progresse, offre le sagaï aux Mauriciens, monte parallèlement ‘Tambours en liberté’, et sort ‘L’éko Rivyer Nwar’, 8 titres au cours desquels on apprend, entre autres, que Menwar est né à Cassis, faubourg de Port-Louis. Le festival tournant terminé, Menwar, comme tout artiste qui veut vivre de son art, vit au rythme d’autres rendez-vous musicaux pour faire découvrir son talentueux sagaï...

Michaëlla Seblin
m.seblin@5plusltd.com


Confidences
Un père ‘débardeur’, une mère bonne à tout faire, une enfance à Cassis. Menwar n’a pas connu les bancs de l’école. À cette époque-là, dit-il, ce n’était pas facile. Alors, Menwar collectionnait les petits boulots. Il était tantôt menuisier, tantôt maçon, ou apprenti coiffeur quand il n’allait pas nettoyer le poste de police de Cassis. “Les policiers contribuaient entre eux. Chacun me donnait une roupie”, explique-t-il.


Carte de viste
Stéphano Honoré, 48 ans, né à Cassis
1970 : Menwar fait partie de la troupe ‘Soley Ruz’
1977 : La sortie de deux 45 tours pressés à Madagascar sous le label “Green Turtle”, dont ‘Pop l’economie’ sous le nom de lélou
1978 : Naissance de deux autres 45 tours
1980 : La sortie de sa première cassette, ‘Souvenir le port’ sous le nom de Menwar
1982 : La sortie de ‘Létan l’enfer” avec comme guitariste Kaya
1984 : La sortie de ‘Kiltir dé zil’
1985 à 1993 : Il s’installe à La Réunion
1994 : Il participe à ‘Mokko’, comédie musicale et Traditionnelle Odyssée
1996 : Il fonde le groupe ‘Mégaravanne’
1998 : La sortie de ‘Pop l’Economie’ version CD
2002 : La sortie de l’Eko Rivyer nwar’
Menwar est aussi responsable de ‘Tambours en liberté’