13 janvier 2002, No 608

Les recalés du ‘Certificate of Primary Education’ (CPE)

Les petits plats dans les grands au ‘Cotton Bay’

L’hôtel Cotton Bay à Rodrigues n’a pas deçu ses clients pour les fêtes de fin d’année. Avec des moyens limités, le directeur Narain Sunassee a fait preuve d’imagination pour rendre le séjour des vacanciers agréable, avec la collaboration d’un personnel motivé.

Corinne (née Carmagnole) 
et Bruno Lamarque en pleine lune de miel

Véronique et Dominique Tomine, deux autres fidèles de l’hôtel

Le Dr Jean-Jacques Legrand et son épouse, Christine, clients réguliers qui viennent plonger tous les ans

Patrice Roussety et son épouse, Karin, qui attend un heureux évènement

Henri Leblanc, pour sa première visite dans l’île avec son épouse

Elizabeth et Pierre-Alain Mottier avec Johnson Meunier, le maître des lieux

Clothide Rouillard, Narain Sunassee et Guillemette Ismaël

Narain Sunassee et Jacky Degremont, responsable du centre de plongée

Entre espoir et désespoir

Pas suffisamment studieux ou alors trop jeunes pour travailler, que deviennent ces enfants, qui, ayant essuyé deux échecs consécutifs au CPE, ne peuvent poursuivre leurs études secondaires? Certains n’ont pas renoncé et se sont fait inscrire dans les centres prévocationnels.



La classe prévocationnelle du collège London

Jessica a treize ans. Son visage est bouffi de sommeil. Pourtant, il est plus de 10h00 et sa grand-mère, Marceline, 63 ans, vaque déjà à ses occupations. La petite fille, encore toute ébouriffée, a pris l’habitude de faire la grasse matinée car pour elle, l’école c’est bel et bien fini. Après avoir passé sept ans sur les bancs de l’école, Jessica n’a pu qu’assimiler quelques rudiments des langues anglaise et française. “Je ne sais pas vraiment lire mais j’arrive tout de même à écrire un peu. À l’école, je ne comprenais même pas ce que le prof écrivait sur le tableau, ni ses explications d’ailleurs”, confie Jessica. 

Sa grand-mère s’est transformée en maîtresse de maison depuis qu’Annette, la mère de Jessica, a déserté le toit familial après une dispute conjugale plusieurs années de cela. “Jessica n’avait pas la tête à ça. Elle s’absentait souvent de l’école et ne se consacrait pas assez à ses études. Mais il faut qu’elle apprenne; c’est essentiel pour qu’elle réussisse à décrocher un bon emploi. Je voudrais qu’elle étudie davantage mais c’est elle qui ne le veut pas. Je ne sais plus quoi faire”, explique sa grand-mère. Désormais, Jessica passe ses journées à regarder la télévision, à errer sur les rues ou à jouer avec quelques amis du voisinage. Le soir, elle ne râtera pas ses feuilletons préférés tels que ‘Catalina et Sebastian’ et ‘Terra Nostra’. L’avenir, elle n’y songe même pas, mais se dit qu’elle se contentera du métier qui aura croisé sa route. 

Comme elle, bien d’autres enfants se trouvent dans la même situation. Ivan et Yannick, 13 ans et 12 ans respectivement, se connaissent depuis leur plus tendre enfance, ayant grandi ensemble à Roche-Bois. Portant des vêtements troués à force d’avoir été usés, ces deux enfants sillonnent les alentours à vélo. Après avoir échoué à deux reproses au CPE, ils ont dû délaisser leurs cartables car leurs parents, visiblement découragés par leur échec, ont cessé de croire en eux. “J’aurai voulu retourner à l’école, mais vu que ma maman ne travaille pas et que c’est uniquement ma soeur aînée qui subvient à nos besoins, je reste à la maison pour les aider un peu ”, déclare Ivan. Leurs moments passés à courir dans la cour de récréation après le ballon sont révolus. Maintenant, s’ils ne sont pas scotchés devant la télévision à regarder les dessins animés, ils vont faire une petite virée ou jouer. Les deux complices caressent le même rêve: celui de devenir mécanicien, mais ils ne savent pas comment s’y prendre pour y parvenir un jour et s’ils iront au bout de leur ambition commune.

Centres prévocationnels
En l’an 2001, plus de 3 821 élèves avaient échoué à deux reprises aux examens du CPE. Lundi dernier, à la rentrée des classes, plus de 2 400 d’entre eux ont repris le chemin de l’école, mais dans un centre prévocationnel. Au total, 49 institutions de l’île recueillent ces enfants, en sus de leurs étudiants qui suivent la filière normale. Au collège London à Port-Louis, une salle de classe a été aménagée au rez-de-chaussée pour accueillir 24 élèves depuis l’an dernier. Depuis lundi, ces enfants entament leur deuxième année d’études dans cet établissement. Initialement, le projet avait démarré depuis le 8 mars 2001. “Le but, en lançant le programme des centres prévocationnels, est de s’assurer que les enfants ne restent pas à la maison alors qu’ils peuvent apprendre à l’école. D’ailleurs, ils portent l’uniforme de notre école, ce qui leur permet de développer un sentiment d’appartenance et qui facilite leur adaptation”, indique Harold Chan Lam, directeur du collège London. 

Selon ses propos, 180 demandes d’enregistrement avaient été faites l’année dernière, mais uniquement 25 avaient été acceptées. “ Nous ne pouvons pas accommoder plus d’élèves car cela coûte. Après un an, je pense que ces élèves ont beaucoup progressé. Avant, ils n’envisageaient même pas la possibillité d’obtenir une place dans un collège”, confie notre interlocuteur. Qu’apprennent-ils donc sur les bancs de ces centres prévocationnels? “ Le programme est un peu différent de celui enseigné en Form I. Par exemple, nous travaillons au niveau des langues : le français, l’anglais et le créole. Ils apprenent aussi la science et la technologie, le ‘self-defense ‘ et le physical education’, l’art , l’informatique et les mathématiques, entre autres”, affirme Nicolas Clair, 24 ans, en charge de cette classe au collège London. Il a suivi des cours au ‘Mauritius Institute of Education’ l’année dernière en psychologie et en créativité avant d’occuper cette fonction. “ Ce qui est surtout important c’est l’approche. Il faut que les enfants apprennent à leur propre rythme. Nous leur proposons un programme qui n’est pas inscrit dans les livres et nous leur demandons régulièrement ce qu’ils souhaitent faire pendant la classe. Nous organisons deux sorties mensuelles dans notre ferme située à Pointe-aux-Sables pour le cours d’agriculture. Là, les enfants peuvent faire des travaux tout en s’amusant”, ajoute l’enseignant. 

Après une année de cours, les enfants sont ravis et les têtes sont déjà pleines de rêves quant à leur future carrière. Gloria, 13 ans, compte se lancer dans le professorat. “ J’enseignerai dans une école maternelle et je suis certaine que j’y arriverai ”, nous a déclaré la jeune fille. Pour Madvi, c’est surtout l’art qui l’intéresse. Jerôme, lui, déjà un féru de l’informatique, avoue la fierté de ses parents depuis qu’il suit des cours dans ce collège.“ Nous construisons des maquettes et participons à plein de projets et même au ‘Sports Day’”, ajoute Michael, un autre élève. 

Toujours est-il que si ces enfants ont pu trouver une place dans un établissement, d’autres continuent à traîner les rues. Om Varma, pédagogue, soutient, qu’il faut que les parents ne baissent pas les bras. “ La seule solution, c’est l’école pour ces enfants. Car, à long terme, ils se sentiront délaissés et ce sera un problème pour la société. Il faudrait qu’une étude soit effectuée pour recenser ces enfants et conscientiser les parents. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas quoi faire de leurs enfants après leur échec scolaire. Mais tout cela demandera du temps”, nous a-t-il déclaré. 

Melhia Bissière