13 janvier 2001, No 608

Libéralisme et assainissement

Les petits plats dans les grands au ‘Cotton Bay’

L’hôtel Cotton Bay à Rodrigues n’a pas deçu ses clients pour les fêtes de fin d’année. Avec des moyens limités, le directeur Narain Sunassee a fait preuve d’imagination pour rendre le séjour des vacanciers agréable, avec la collaboration d’un personnel motivé.

Corinne (née Carmagnole) 
et Bruno Lamarque en pleine lune de miel

Véronique et Dominique Tomine, deux autres fidèles de l’hôtel

Le Dr Jean-Jacques Legrand et son épouse, Christine, clients réguliers qui viennent plonger tous les ans

Patrice Roussety et son épouse, Karin, qui attend un heureux évènement

Henri Leblanc, pour sa première visite dans l’île avec son épouse

Elizabeth et Pierre-Alain Mottier avec Johnson Meunier, le maître des lieux

Clothide Rouillard, Narain Sunassee et Guillemette Ismaël

Narain Sunassee et Jacky Degremont, responsable du centre de plongée

Par Darlmah Naëck

La flambée des prix a son corollaire si les salaires n’augmentent pas d’autant : le pouvoir d’achat baisse. Depuis quelque temps, les Mauriciens sont assommés par l’inflation. La tentation est grande de la juguler par le contrôle des prix. D’ailleurs, certains leaders syndicaux proposent cette solution.
Le contrôle des prix n’a jamais fait du bien à l’économie parce qu’il est artificiel, ne reflétant donc pas la réalité du marché. Il décourage la production. Autant que faire se peut, il faut laisser à l’offre et la demande la fixation des prix.

Pour que la libéralisation des prix puisse être salutaire aux consommateurs, il importe que la concurrence joue à fond. Il faut que tous les producteurs qui le désireraient puissent entrer sur le marché. Le Central Electricity Board (CEB) est abhorré en ce moment parce qu’il a augmenté substantiellement sa note. On se pose la question, à juste titre d’ailleurs: comment un corps para-étatique qui jouit d’une situation de monopole peut accumuler tant de pertes financières qui sont devenues autant de justifications pour la hausse de ses tarifs ? Ce genre d’organisme souffre d’une tare incurable : ses dirigeants ne sont pas responsables de leurs actes. Dans le sens qu’ils n’ont souvent pas de compte à rendre concernant leurs actes. C’est comme dans la fonction publique: si un haut cadre se plante dans sa politique ou dans la gestion des affaires publiques qui tombent sous sa responsabilité, il est rarement inquiété. S’il accumule des pertes, l’État, c’est-à-dire les contribuables, est appelé à lui venir à la rescousse. Cela a dû être le cas pour le CEB. Maintenant qu’il n’y a point de subventions de l’État, on refile la note carrément aux abonnés. C’est un théorème qui s’est vérifié dans le cas de la sucrerie de Rose-Belle, à tel point que cet établissement a dû mettre la clé sous le paillasson. C’est pourquoi les partisans de l’étatisation ont, à notre sens, tort. Dans le cas du CEB, comme dans celui de la CWA, nous suggérons que d’autres compagnies soient autorisées à entrer sur le marché. Si aucune compagnie ne se manifeste, c’est qu’elle estime qu’elle ne pourra pas proposer un même service à un tarif moindre. Le monopole du CEB ou de la CWA - public pour l’instant, privé peut-être à terme - ne pourra donc être décrié. 
En Grande-Bretagne, plusieurs compagnies gèrent la distribution de l’eau potable. Aux États-Unis, par exemple, de grands complexes résidentiels peuvent produire leur propre électricité. 
Dans le cas de l’organisme public, nous avons vu que le théorème de l’irresponsabilité, dans le sens que nous avons donné à ce terme, s’applique parfaitement, d’où gabegie et tarifs élevés. Dans le cas des privatisations, il existe une anomalie. Généralement, on privatise, dit-on, pour davantage d’efficience, ce qui confirme notre théorème susmentionné. Qui dit efficience dit prix de revient moindre et, par conséquent, tarifs moindres. Or, dans bien des cas les tarifs augmentent. On soupçonne les hauts cadres de ces compagnies d’éponger les bénéfices en majorant substantiellement leurs salaires, assortis d’avantages en nature non moins substantiels en termes de stock-options, etc. Mauritius Telecom a ouvert son capital à France Telecom, il semble que les abonnés vont trinquer bientôt. Il faudrait donc régler cette anomalie :1. pour ne pas ajouter de l’eau au moulin des détracteurs de la privatisation et 2. pour que les consommateurs puissent bénéficier de toute politique concernant celle-ci. Même si la CWA, le CEB devaient être privatisés, il faut que d’autres compagnies, offrant le même service, soient autorisées à entrer sur le marché. La privatisation est bonne dans son essence - car elle peut réellement amener une baisse des tarifs - c’est dans ses dérives qu’elle est condamnable.
Nous l’avons dit : toute chose restant en l’état, une hausse des prix provoque une baisse du pouvoir d’achat. Les Mauriciens, dans ce contexte, vont se révolter davantage si l’économie parallèle, dont les opérateurs fonctionnent nécessairement dans l’illégalité, n’est pas détruite. Les Mauriciens honnêtes ne pourront plus sans réagir voir leurs conditions de vie se dégrader alors que d’autres s’enrichissent en marge de toute règlementation. Arvin Boolell a fait référence, au cours de l’émission télé ‘Téléobjectif’, à l’empire des marchands ambulants, par exemple. Ce qui a dû en passant faire tiquer Siddick Chady. Ces marchands voient leur pouvoir d’achat augmenter parce qu’ils ne sont pas astreints à l’impôt, à des charges comme la taxe municipale, par exemple. On ne connaît pas la provenance de leurs articles. Même si rien n’a été prouvé dans le cas allégué d’importations de voitures volées d’Afrique du Sud, les Mauriciens devraient commencer à se poser la question si l’économie parallèle n’est pas en train de phagocyter irrémédiablement l’économie formelle. Le commerce illégal de la drogue, la corruption, la concussion, les malversations augmentent considérablement le pouvoir d’achat de nombreux Mauriciens. Ils permettent une mobilité sociale déloyale. C’est cette dichotomie entre ceux qui jouent le jeu, respectueux de nos lois, mais qui voient leur pouvoir d’achat baisser et les autres magouilleurs de tout poil qui vivent dans l’opulence, qui posera de plus en plus problème. S’il faut se serrer la ceinture, que tout le monde le fasse. Les autorités ne pourront plus constamment demander à la population d’être responsable - c’est-à-dire faire des sacrifices en subissant ce qu’elles appellent la réalité des prix maintenant en attendant des lendemains qui chantent - sans qu’elles n’assainissent de larges pans de notre société.
Quelque mille employés du groupe Afasia ont été licenciés “sauvagement” selon le ministre Showkutally Soodhun. Effectivement, la façon dont ils ont été jetés sur le pavé n’est pas digne.Le gouvernement compte faire adopter l’Employment Right Bill en remplacement de la Labour Act. Mais quelles que soient les dispositions de cette loi, le gouvernement doit dire la vérité aux travailleurs. Quelle est cette vérité? C’est qu’ils ne seront plus aussi protégés à l’avenir. Comme on a libéralisé les prix, on va aussi libéraliser le marché de l’emploi suivant la tendance mondiale. Cela prendra peut-être du temps, mais il viendra sauf revirement de situation. Les employeurs, suivant l’offre et la demande sur le marché de l’emploi, pourraient ‘hire and fire’ comme bon leur semble. Les salaires seraient fixés, non pas par le NRB, ou le PRB mais par le marché. La précarité et l’insécurité seraient deux facteurs avec lesquels les travailleurs à l’avenir devraient composer. Ce qui d’un autre côté favoriserait la mobilité de l’emploi.
Pour bénéficier des vertus du libéralisme, il faut assainir la société, c’est-à-dire mettre au pas les tricheurs et traquer les enrichissements illégaux.



Fraude et corruption

Par Michaella Seblin

Ce qui doit être un exercice normal, régulier, à la télévision prend souvent chez nous des allures d’événement. L’absence d’émissions politiques, les carences inhérentes des bulletins d’information, l’association de la MBC au régime du jour ont, depuis des années, décrétibilisé notre station de télévision nationale. Ainsi, quand se produit alors une émission locale (qu’importe si elle ne sort pas des sentiers battus), elle provoque tout d’abord l’étonnement. Le magazine Téléobjectif- Korypsion’ de mercredi dernier, avec un thème éminemment névralgique, est une initiative qui mérite d’être soulignée - même si elle arrive tardivement. Une belle brochette sur le plateau avec deux politiciens de bords différents, Ivan Collendavelloo (MMM) et Arvin Boolell (PTR), qui partageaient la vedette avec Jack Bizlall, le kamikaze des tours d’Air Mauritius et Raj Makoond, président de la JEC, porte-parole du secteur privé. 

Dans la forme, Ivan Collendavelloo n’a pas été inspiré de se mettre à côté de Raj Makoond pour confirmer - dans l’esprit des téléspectateurs - la proximité GM/ secteur privé en opposition au tandem Boolell/Bizlall, alors que justement le syndicaliste n’a eu de cese de dénoncer le financement des partis politiques par le secteur privé à partir de pratiques frauduleuses.

Bien qu’il ait posé quelques bonnes questions, Ravin Bacchoo n’a pas su souvent gérer son plateau. Privilégiant le rôle de modérateur, il n’a jamais fait rebondir les débats, encore moins a-t-il encouragé Ivan Collendavelloo à repondre aux questions. D’une manière générale, il a favorisé manifestement Ivan Collendavelloo en terme de temps d’antenne, subissant à la fin une engueulade de Jack Bizlall. A-t-il été intimidé par la personnalité et l’insolence de Ivan Collendavelloo, qui, petit sourire tout au long de l’émission avec une maîtrise parfaite de la communication, a exposé à l’antenne les talents dont il a l’occasion de faire montre au prétoire? Il eut été pertinent de demander aux intervenants présents leur définition de la corruption, leurs opinions sur le trafic d’influence avant d’entrer dans le vif du sujet. Arvind Boolell en a profité - et c’est de bonne guerre pour une fois qu’il avait l’antenne - de matraquer le gouvernement sur ses ingérences dans le fonctionnement des institutions avec, en exergue, le cas d’Indhira Manrakhan, tout au long de l’émission. Mais il n’a échappé à personne que son silence sur le financement des partis politiques a été assourdissant. Il a épargné le MSM, n’évoquant jamais le ‘Sun Trust’, critiqué souvent comme le bâtiment de la honte, préférant cibler ses attaques contre Paul Bérenger, le vice-Premier ministre. Il n’est un secret pour personne que le financement du Parti Travailliste et l’utilisation qu’on en fait demeurent toujours un mystère. Donc terrain glissant pour Arvind Boolell. Ivan Collendavelloo a martelé qu’il faut éviter une hystérie; Raj Makoond, visiblement habitué aux board-rooms feutrés et climatisés, a brandi son code de conduite, subissant les critiques de Jack Bizlall, qui l’énervement venu, passe du vouvoiement au tutoiement. Ce même Jack Bizlall, chemise grise, le seul sans cravate - le contraire nous aurait étonné - était égal à lui-même, fidèle à ses convictions, et sincère dans sa naïveté. 

S’il est vrai que le thème de la corruption est vaste, s’il est vrai qu’il est difficile de faire le tour de la question en 90 minutes, n’est-ce pas le rôle de l’animateur de cibler des points précis pour éviter l’éparpillement et l’enlisement du débat tout en forçant ses intervenants à répondre ? Quand Arvind Boolell affirme que les institutions sont menacées, n’est-ce pas là une occasion pour demander à Ivan Collendavelloo des comptes sur le démantèlement de l’ECO ? Peut-on laisser passer un commentaire dans le genre “Mette fort, gagne fort ?” N’était-il pas opportun de demander à Ivan Collendavelloo et à Arvind Boolell si le secteur privé n’attend pas un retour d’ancenseur du gouvernement ?

C’est peut-être à ce moment-là qu’on aurait aimé connaître la définition de l’ICAC, le pouvoir de cette institution, ses attributions. En quoi est-ce que l’ICAC sera différent de ce qu’on a connu ? Est-ce qu’avec l’ICAC, les corrompus seront sanctionnés ? L’ICAC serait-il un bouledogue sans dents ? Comme le disait Ravind Bacchoo à la fin de l’émission, beaucoup de questions sont restées sans réponses...