17 fevrier 2002, No 613

DécÈs de Patrick Richardson


En l’honneur 
de la ministre allemande

L’ambassade d’Allemagne à Maurice a offert un cocktail en l’honneur de Mme Herta Daubler-Gmelin, ministre allemande de la Justice qui était en visite à Maurice la semaine dernière. Fait rare pour ce genre d’événement social: l’hôte, l’ambassadeur allemand, n’a pu honorer de sa présence la réception vu qu’il était bloqué à Antananarivo à cause de la grève générale qui avait paralysé la capitale malgache, la semaine dernière.

Lorsque deux ministres de la Justice se rencontrent. La ministre allemande, Herta Daubler - Gmelin, en compagnie de son homologue mauricien, Emmanuel Leung Shing

Brin de causette entre Karl Offman et Arnaud Dalais

Les deux ministres discutant justice \avec le consul allemand Wolfgang Reith

Le vice-Premier ministre en conversation avec la ministre allemande sous le regard du consul

Le ministre Sam Lauthan et Karl Offman en pleine discution avec Silke Becker, magistrat du parquet allemand 

Le consul allemand conversant avec le ministre mauricien Prem Koonjoo et le Speaker de l’Assemblée nationale

Un médecin indien accusé 
de négligence médicale

Ce que redoutaient tous les professionnels de santé est arrivé. En l’absence d’un interprète, le médecin indien, M.S., aurait fait un mauvais diagnostic dû à un problème de communication avec le patient Patrick Richardson, 37 ans, et ses proches. Le malade a rendu l’âme douze heures plus tard.


Charpentier ébéniste de son état, Patrick Richardson, marié, menait une vie tranquille auprès de sa famille à cité Malherbes, Curepipe. Le calvaire de cette famille commença le mardi 29 janvier dernier. En rentrant chez lui après le travail, Patrick Richardson devait dire qu’il ne se sentait pas bien et faisait de la température, et souffrait de maux de tête. Selon son père, son fils ne s’en inquiéta pas, pensant à une maladie toute bénigne.

Toutefois, son état ne s’améliora pas le lendemain et il préféra rester au lit. On lui donna un comprimé à base de paracétamol. Aucune amélioration dans son état de santé ne fut notée le jeudi 31 janvier et le vendredi 1er février. Pire, ce vendredi-là, Patrick Richardson eut des vomissements et de la diarrhée. 

Ce n’est que le lendemain matin, soit le samedi 2 février, que ses proches et lui se rendent à l’hôpital Victoria, à Candos pour des soins. C’est alors qu’il est examiné par le médecin indien M.S. Toujours selon son père, le médecin était seul et comme son fils et lui ne parlaient que le créole, ils ne purent communiquer correctement. De plus, soutient-il, le médecin n’a pas pris la peine d’ausculter le malade et a prescrit des antiobiotiques et du paracétamol.

De retour chez lui à cité Malherbes, Patrick Richardson va plus mal. Ses proches affirment que dans l’après-midi, le malade commençait à vomir du sang et se plaignait de douleurs aux jambes. N’en pouvant plus, à 22 heures, sa femme et sa soeur ont appelé le SAMU. Faute de véhicule disponible, c’est une simple ambulance qui est venue chercher le malade.

Arrivé à l’hôpital Victoria, Patrick Richardson y est admis immédiatement. Le médecin de service demande qu’il soit mis sous perfusion et sous respiration artificielle. Il s’en est allé 45 minutes plus tard, alors qu’il était dans les bras de sa femme.

Le lendemain, dimanche 3 février, le corps de Patrick Richardson est transporté à la morgue de l’hôpital Dr Jeetoo pour l’autopsie. Celle-ci a révélé que la cause du décès était une “Bilateral Lobar Pneumonia” causée par un “Renal Sepsis”, soit, en termes profanes, une insuffisance rénale.

Déposition à la police
Nullement satisfaite des soins prodigués par le médecin indien, la famille Richardson devait consigner une déposition au poste de police de Eau-Coulée pour négligence médicale. L’enquête policière suit son cours, alors que le ministère de la Santé a, de son côté, institué une enquête départementale. Une source au sein de ce ministère indique que le médecin indien risque de voir son contrat résilié s’il est effectivement prouvé qu’il y a eu négligence de sa part.
“5-Plus dimanche” a essayé en vain d’avoir une déclaration du médecin en question.

Par contre, un médecin du service public, qui a voulu garder l’anonymat, a précisé ne pas comprendre pourquoi son collègue n’a pas recherché l’aide des autres médecins de service ou des infirmiers vu qu’il n’arrivait pas à communiquer avec le patient. De plus, a-t-il ajouté, le patient aurait dû être admis dès le matin et une radiographie des poumons aurait dû être effectuée, afin de retracer les causes de l’infection.

Les infirmiers avaient tiré la sonnette d’alarme
Selon le président de la Nurses Union, Cassam Kureeman, l’ensemble du personnel soignant du service public avait tiré la sonnette d’alarme quand le gouvernement avait annoncé son intention de recruter des médecins indiens. Ils avaient prédit qu’il allait y avoir des risques de négligence médicale puisqu’au départ même il y a un problème de communication.

Pour ce qui est du cas qui nous intéresse, Cassam Kureeman est d’avis que M.S. aurait dû faire appel à un de ses confrères présents, surtout s’il n’arrivait pas à faire un diagnostic. C’est pourquoi, dit-il, c’est le corps des médecins qui doit assumer sa responsabilité, car ce n’est pas le travail des infirmiers de jouer aux interprètes.
Néanmoins, le président de la Nurses Union précise que c’est avec joie que les infirmiers aident de temps en temps en agissant comme intermédiaires entre les patients et les médecins étrangers, quoique cela ne fasse pas partie de leur “scheme of duty”. “Nous sommes nous-même débordés à cause du manque d’infirmiers. Maintenant, s’il faut systématiquement assumer le rôle d’interprète, ce sera intenable. D’ailleurs, nous ne sommes pas payés pour cela”, dit-il.

La Nurses Union rappelle qu’elle avait fait parvenir un mémoire au gouvernement lui demandant de privilégier les médecins étrangers qui comprennent le français, comme les Malgaches par exemple.
Du côté des associations des médecins, c’est le mutisme complet sur cette affaire. La Government Medical Officers Association (GMOA) dit attendre la fin de l’enquête pour se prononcer. Même son de cloche de la Private Medical Practioners Association (PMPA), qui, toutefois, précise qu’elle avait déjà émis des réserves au sujet de l’embauche des médecins étrangers, tout en encourageant le gouvernement à embaucher des médecins du privé.

Didier Edmond